#4 Interview with Audrey Braccini

Audrey Braccini, Domaine Ferret, Fuissé, Burgundy

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Niché au cœur de l’amphithéâtre de Fuissé avec comme point de repère la Roche de Solutré, le Domaine Ferret est une pépite de terroirs sublimés par ses femmes tout au long de son histoire. En 2008, la Maison Louis Jadot reprend ce joyau avec une promesse : respecter l’âme du Domaine et le travail réalisé par Mme Jeanne Ferret.

Au Domaine Ferret, c’est ainsi une histoire de femmes fortes, sensibles, visionnaires, de caractère et surtout à l’écoute de ses terroirs. Audrey Braccini s’est vue remettre les clés du Domaine Ferret qu’elle mène avec sensibilité, écoute, remise en question et caractère dans le sillage de Jeanne Ferret.

Cet échange confirme ce lien magique qui se crée entre le vin et son maître. Ses chardonnay sont multi facettes et oscillent entre la tension, la vivacité, la délicatesse et l’expression calcaire du terroir. Nous découvrons au cours de cet entretien cette même richesse dans sa personne. J’apprécie d’autant plus ses confidences que j’ai découvert des facettes encore ignorées bien que nous avons travaillé 4 ans côte à côte.

Je vous laisse savourer cette lecture comme si vous dégustiez un Pouilly-Fuissé « Tête de Cru » Les Perrières.


Peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?

Je viens de Moselle, tout proche de la frontière du Luxembourg. Au départ, j’ai fait des études à l’université car une classe préparatoire me faisait peur. A la suite de quoi j’ai intégré une école d’ingénieur agronome en industrie alimentaire. J’ai travaillé tout en ayant le vin à mes côtés davantage comme un vecteur de plaisir. Toutefois, jamais l’idée d’en faire mon métier ne m’était venue.

C’est seulement après avoir travaillé comme auditeur dans l’industrie alimentaire et des aléas personnels que j’ai décidé de tout changer dans ma vie. C’est à ce moment là que je me suis dit que je me trompais de voie et que le vin était vraiment ce qui me plaisait. Je suis retournée à l’école pour reprendre un DNO à Montpellier. J’ai démarré ensuite dans le Beaujolais envers et contre toutes les mises en garde: « le Beaujolais, ce sont les caves coopératives » ! J’ai travaillé 3 ans à faire des rouges avant de faire pour la première fois des blancs en 2008 en arrivant au Domaine Ferret. Mon erreur du départ a finalement été une belle chance pour moi de me trouver et de me révéler.

Jeanne Ferret

Tu as repris le domaine Ferret en 2008, il y avait seulement un chef de cave qui travaillait avec la famille Ferret depuis le décès de Mme Ferret en Décembre 2006. Comment t’es-tu approprié le domaine et les vins ?

Il m’a fallu plusieurs mois pour m’approprier l’esprit Ferret. Le partage d’information avec Robert, le chef de cave m’a beaucoup aidée et rassurée face aux grandes choses que Mme Ferret avait faites au domaine et au niveau de l’appellation. J’avais peur de modifier les choses mises en place par une femme qui avait fait des grands vins. Ma grande interrogation était «Comment vais-je bouger les choses ? ». Pour être honnête, le vrai tournant a été le départ de Robert en 2013. Non pas que Robert était un frein mais il y avait ce fantôme, ce mur invisible qui m’empêchait de réellement faire bouger les choses.

Tu vinifies uniquement des vins blancs. Y a-t-il une appellation ou un cépage rouge que tu rêverais de vinifier et pourquoi ?

En rêve, je serais tout de suite dans la région du Piémont avec un Nebbiolo.

Un autre cépage blanc ?

Il y en aurait deux. Le premier qui est aussi un cri du cœur, le Riesling ! Et après être tombée amoureuse de certains Sancerre, j’aimerais vinifier non pas le Sauvignon en général mais un Sancerre.

Comment aimes-tu parler de tes vins ?

C’est curieux car on m’a déjà fait la remarque que je n’utilisais pas des mots conventionnels quand je commentais mes vins. J’ai plutôt des images qui me viennent en tête ! Le Clos aura un côté édredon. Les Prouges, un homme puissant, épaulé, rassurant et dans des millésimes comme 2015, il est svelte avec une musculature très gainée. Les Perrières, c’est la race c’est à dire le mélange de l’élégance, d’une classe et d’une matière. Pour les Ménétrières, j’ai l’image d’une note de musique précise, courte et qui tient. Tournant, c’est la sève brute. Une puissance qui se libère mais sans les formes.

Dans le Mâconnais, la viticulture peut être assez intensive. Quel est ton point de vue sur l’empreinte écologique de la viticulture ?

C’était important de faire évoluer la viticulture au domaine. Je ne jette pas la pierre sur les vignerons car ils n’avaient souvent pas d’autres choix. Quand la fille de Mme Ferret était malade, les vignes ont été conduites d’une manière qui n’était certainement pas la meilleure mais il fallait faire tant bien que mal le travail. La principale chose en arrivant pour laquelle je n’avais pas de contre-argument, c’était d’arrêter les désherbants. 

Je ne reste pas convaincue que les produits bio sont forcément meilleurs en tous points. Il y a des printemps pluvieux comme 2016 où rentrer tous les 3 jours dans nos vignes avec un tracteur s’avèrerait être un vrai saccage. Parfois, utiliser quelques produits de synthèse qui évitent de détruire les sols s’avèrent une solution (un produit qui au passage peut être autorisé en bio en Allemagne !).

On ne fait pas du tiède mais je ne suis convaincue que des pratiques intégristes soient une solution non plus. Le seul point où je suis stricte, c’est l’arrêt des désherbants et il faut les arrêter.

Quel est le prochain challenge à relever au Domaine ?

J’aimerais continuer à avoir des collaborateurs et des vignerons au domaine qui soient proactifs et qui aient l’envie d’aller toujours plus loin. A partir du moment où il y a cette base, c’est gagné ! Entretenir cette flamme est un vrai challenge.

Y a-t-il un vigneron ou une personne qui t’inspire ?

Dans la grande famille Jadot, Jacques Lardière m’a beaucoup inspirée. Au départ personne, pas même lui, m’avait imposée des techniques pour faire des blancs. Il me donnait des conseils mais cela s’arrêtait là. Toutes les personnes qui l’ont côtoyé, notamment en dégustation, n’en sont pas sorties indemnes !

Sans l’avoir connu, Mme Ferret m’inspire beaucoup de respect. Grâce à toutes les archives, les histoires cocasses, j’essaie de me recréer le personnage et je me dis : « Comment cette petite dame qui avait une mercerie à Charolles a-t-elle réussi à faire ce qu’elle a fait pour le domaine et pour l’appellation ? »

Ensuite, dans un entourage moins immédiat, je pense à certaines grandes dames comme Laloue Bize Leroy. Et, contre toute attente, j’ai toujours un immense plaisir à revoir François Cottat. Je suis une grande fan de ses vins et j’aime sa personne qui se veut très décontractée.

Quelle est pour toi la plus grande qualité à avoir pour faire de grands vins ?

L’écoute et la rigueur sont deux grandes qualités. On pourrait croire par exemple que Jacques a un côté artiste mais il avait beaucoup de rigueur et il y avait peu de place à l’improvisation.

Que fais-tu pour recharger les batteries ?

Jouer avec les enfants me permet de recharger les batteries. J’aime quand on se déguise ou que l’on joue à des jeux de société.

De quoi es-tu la plus fière ?

Je me souviendrai toujours du moment où Pierre-Henry Gagey (PDG de la Maison Louis Jadot) m’avait annoncé qu’il m’avait choisie pour la reprise du Domaine Ferret. Je suis très fière d’avoir toujours sa confiance 10 ans après. Cela est une belle récompense personnelle. Quand j’étais sorti de mes études, même dans mes rêves les plus fous, je n’aurais pas imaginé un jour être à la tête d’un tel domaine avec le contexte de la Maison Louis Jadot et le lieu… J’ai la chance de pouvoir le vivre !

Quand on vit avec un mari qui est aussi œnologue, de quoi parle-t-on le soir à table ?

(Sourires) On partage nos angoisses de la journée ! Avoir quelqu’un qui comprend tout, exactement tout, est quelque chose d’inestimable pour continuer et passer au-delà. Après on partage bien entendu du vin ! Chacun à sa cave personnelle et fait déguster à l’autre à l’aveugle ses bouteilles.

Si tu pouvais parler à Jeanne Ferret, qu’aimerais-tu lui dire ?

Évidemment, « Bravo ! ». Après, parmi toutes les choses que j’aimerais lui demander, ce serait principalement : « Est-ce que vous y avez toujours cru ? Avez-vous eu des doutes ? Est-ce que vous avez toujours cru en vous ? ».


Flot de conscience

Une musique : Très éclectique ! Du Bolero de Raven à NTM, le concert de NTM était mon cadeau de fête des mères l’année dernière car je l’avais raté il y a 20 ans.

Un livre : Celui que je lis en ce moment, La contre histoire de la philosophie de Michel Onfray

Un film : Le dîner de cons, c’est un film du dimanche soir. Pour la semaine, un film plus sérieux, un Woody Allen

Un plat : Risotto

Un sport : Badminton et natation

Un cépage : Chardonnay

Un millésime : 2015, le millésime le plus challenging dont je suis fière

Une bouteille mémorable : Sancerre, Cuvée Paul de François Cottat 1986

Une destination : En Irlande, pas très exotique mais j’avais passé un moment magique avec mon père qui avait été chargé d’émotions avec la musique, les paysages épurés… j’aimerais beaucoup y retourner avec ma famille.

Une couleur : Rouge

Une odeur : La verveine

Un dimanche parfait : Pouvoir passer du temps tous les 4 en famille. Faire un gâteau en famille car nous adorons cuisiner ensemble. De jouer dans le jardin. Cuisiner un repas différent de ce que l’on mange la semaine.

Marie-Pierre Dardouillet (Editor and photographer)


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